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Saviez vous que l’app store de Apple a inspiré la conception d’une voiture de compétition, que Starbucks a révolutionné la façon de faire sa vidange et que les sites de rencontre ont inspiré les pratiques de recrutement d’entreprises du CAC40 ?

Cette approche de l’innovation consistant à s’inspirer d’un autre secteur économique s’appelle la “Cross Pollination” ou Polinisation* en français.

La Cross-Pollination (et pas Cross-Pollinisation) considère que les idées qui ont le plus d’impact sont celles qui sont transférables d’un domaine économique à l’autre. On parle aussi parfois d’hybridation ou de Pollinisation.

Cette cross-pollination que l’on pourrait littéralement traduire en français par “Pollinisation croisée” est l‘une des armes que les entreprises ont à disposition pour développer un flux permanent d’innovations. L’exemple le plus connu de Cross-pollination est celui de James Dyson qui se serait inspiré (ah ah) du système d’aspiration de la sciure dans une scierie pour pour son aspirateur sans sac.

Parfois, la cross-pollination créée de nouvelles disciplines. C’est ce qui est arrivé quand Daniel Kahneman et Amos Tversky ont commencé à fusionner psychologie et économie dans les années 70. Ils étaient en train de comprendre pourquoi les gens ne se comportaient pas rationnellement malgré les présomptions des économistes (par exemple, pourquoi un vendeur de pots de confiture ayant 7 parfums vendra d’avantage qu’un vendeur qui en a 23). Un nouveau champ d’étude a été créé, celui de l’économie comportementale ou Behavioral Economics dont l’ouvrage le plus connu sur le sujet est “Freakonomics”.

Dans son ouvrage “The ten faces of innovation”,  Tom Keley nomme les personnes capables de faire des associations entre des sujets qui n’ont rien à voir à première vue des Polinisateurs. Il les décrit comme des personnes ayant de nombreux centres d’intérêts, curieux et aussi à l’aise dans l’apprentissage qua dans l’enseignement. Ils peuvent être identifiés pour leur ouverture d’esprit, leur habitude de prendre des notes, leur tendance à penser en métaphore et leur capacité à trouver de l’inspiration dans la contrainte.

Quelques méthodes pour identifier des pollinisations

1 – Trouver des adjacences

Identifier les “ adjacences” – pour reprendre un terme mathématique – consiste à rechercher systématiquement des amélioration ou des idées d’extension à partir de son cœur de métier. Ceci soit en explorant des segments de clients (HAppymeal de McDo pour les enfants) soit en réfléchissant à l’utilisation de technologies, process ou méthodes utilisés dans d’autres industries :

Urgences + Boutique de photo minute = Minute Clinic
Chaussures + Purprojet (qui accompagne Vittel, Vinci etc. depuis 2010 dans la replantation d’arbres) = Faguo
Festival du film indépendant de Sundance  + 1000 point of light = Indigo (plateforme de crowdfunding)
Massey-Ferguson + 24 heures du Mans = Lamborghini (Marque de tracteur qui est devenu une marque de voiture de sport)
Jeu vidéo +  déclencheur d’airbag = Nintendo Wii
Feu de circulation + restauration = Alimentation équilibrée

Il y a deux types d’adjacences :
○  L’adjacence de marché ou “chainage avant” : L’entreprise utilise son expertise pour la proposer en dehors de ses marchés traditionnels. C’est innover avec ce que l’on a.
 L’adjacence d’offre ou “chainage arrière” : L’entreprise utilise des idées ou savoir faire extérieurs qu’elle intègre dans on offre. C’est innover avec ce que l’on trouve. Oui, il y a bien un lien avec la Sérendipité.

Cette notion d’adjacence n’est pas récente. Prenons par exemple, le mathématicien John von Neumann qui croisa dans les années 30 le domaine du jeu avec celui de l’économie pour développer la théorie du jeu et des comportements économiques. Il fit également des rapprochements entre la structure du cerveau et la technologie qui fut à l’origine de l’informatique moderne.

Nous pourrions aussi citer son contemporain, Richard Buckminster Fuller. L’un des premiers scientifiques à avoir propagé une vision systémique du monde. Il explora les principes de l’énergie et de l’efficacité des matériaux dans les domaines de l’architecture, de l’ingénierie et du design. Il croisa ainsi l’ingénierie et la biologie pour résoudre des problèmes de transport (avec un système de propulsion pour bateau) et d’architecture avec les dômes géodésiques.

2 – Penser en analogie

Il y a plusieurs façon de faire des analogies :

○ Repenser la question : Si par exemple vous souhaitez inventer un nouveau concept de restaurant, vous pouvez décaler la question de départ “Comment offrir un repas de qualité au meilleur prix” en question plus décalée  “Comment faire concurrence au cinéma ?”. Ce qui revient à inclure le contexte dans la question pour trouver des sujets d’inspiration et se poser d’autres questions :  “Comment font les musées pour faire concurrence au cinéma ?”.

 Décaler le sujet : Cette fois-ci, il s’agit d’utiliser des questions qui commencent avec “Et si..”. “Et si mon problème était un animal quel serait-il ?” ou de se mettre à la place de quelqu’un d’autre : “Comment réagirait un acteur, un cuisinier, un architecte, Napoléon, votre belle-mère ?”

 Faire confiance à votre cerveau : Comme nous l’avions déjà évoqué dans l’article sur la créativité et les neurosciences, utilisez votre réseau Réticulé Activateur ou SAR (Système d’Activation Réticulaire). Si vous avez un projet à l’esprit, il y a de fortes chances que notre cerveau aille créer des connexions de lui-même avec ce projet si vous vous exposez volontairement à de nouvelles expériences.

3 – Etre curieux de tout, tout le temps

Pour continuer le point précédent, acquérir des connaissances variées  permet de faire plus facilement de nouvelles connexion si vous le décidez volontairement. En d’autres mots, n’attendez pas d’être dans la salle d’attente d’un médecin pour lire des magazines que vous n’auriez jamais eu l’opportunité de lire !

Etre curieux sur l’innovation peut être aussi simple que d’apprendre comment les choses fonctionnent:

 Savez-vous comment sont faites les rayures du dentifrice ? Connaissez-vous les étapes de fabrication d’un tube de dentifrice ?
 Savez-vous comment fonctionnent des haut-parleurs ?
 Connaissez-vous le circuit de distribution des légumes en supermarché ? Des chansons sur l’itunes stores ?
 Savez-vous quels sont les outils utilisés par les webmasters ?
 Savez-vous quelles musiques écoutent les ados français ou chinois ?
 Cette semaine, avez-vous écouté un talk sur TED.com sur un sujet que vous ne connaissiez pas ?

Pensez à des choses simples de la vie de tous les jours. Qui les a créée ? Quelles améliorations ont été faites depuis leur création ? Apprenez ce que vous pouvez sur les procédés de création, fabrication et distribution des produits qui vous entourent. Etudiez comment le digital bouleverse les usages et les secteurs économiques les uns après les autres. Abonnez-vous à des chaines spécialisées sur Youtube. Nous sommes à l’ère de l’information que diable !

Et aussi, prenez des tonnes de notes et relisez les de temps en temps. Evernote et moleskine sont les compagnons inséparable de l’innovateur.

*Ne pas confondre Cross-polination avec la cross-fertilisation
La cross-fertilisation : de nouvelles chaînes de valeur sont à exploiter en dehors de votre champ habituel d’activité. Par exemple, une start-up basée à Toulouse développera des innovations liées à l’aéronautique. A Lille, certaines technologies du textile peuvent être transposées à l’automobile ou à l’espace.
*Ne pas confondre Cross-Pollination avec Bio mimétisme ou Bio mimicry
Quand l’étude d’une colonne de fourmis aide une compagnie aérienne à optimiser l’embarquement de ses passagers ou que l’analyse de la peau des requins permet de réduire la consommation des avions, c’est à dire quand la nature inspire l’homme, il s’agit de Biomimetisme ou Biomimicry. La cross pollination ou pollinisation consiste à s’inspirer d’un secteur économique.